Scalpel et Matula | henri de mondeville
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Henri de Mondeville

 

Henri de Mondeville : un chirurgien médiéval somme toute très moderne.

 

I ) Présentation

La chirurgie, pour la plupart d’entre nous, professionnels ou non, est née avec Guy de Chauliac (1298-1368) voire Ambroise Paré (1509-1590). Cette vision réductrice laisse dans l’ombre les chirurgiens qui ont précédé. Il en est pourtant de forts illustres, tel Gilles de Corbeil (1140-1224), Guillaume de Salicet (1210-1277) ou Henri de Mondeville (1260-1321).

Henri de Mondeville est un chirurgien un peu à part, ses opinions tranchantes et sa volonté de concilier médecine et chirurgie sont empreints d’un certain modernisme. Ses inventions, ses améliorations, ses prises de position, vont, à la lecture, paraître assez proches à l’homme du 21ème  siècle.

 

II ) Biographie

Henri de Mondeville serait né vers 1260, probablement à Mondeville près de Caen (Calvados) ou bien à Ermondeville près de Valognes (Manche). De sa jeunesse, on ne sait pas grand chose. On suppose qu’il fait ses études de médecine à Paris ou à Montpellier. Devenu clerc et maître en médecine, il part pour Bologne où Théodoric (1205- 1298) enseigne la chirurgie et utilise de nouvelles méthodes pour le traitement des plaies. Henri de Mondeville va alors se passionner pour la chirurgie même si cette spécialité ne jouit pas d’une excellente réputation à cette époque.

En 1301, alors qu’il enseigne à l’université de Montpellier, il est nommé chirurgien royal auprès de Philippe IV le Bel, sûrement sur les recommandations de son maître et ami, Jean Pitart (1238-1315) chirurgien du roi lui même. A la mort de Philippe IV, il conserve son poste de chirurgien du roi sous le règne de Louis X le Hutin, fils de Philippe le Bel. De par cette fonction, il travaille beaucoup sur les champs de bataille, ainsi peut-il mettre en place une méthode pour traiter les blessés en armure.

A partir de 1306, il enseigne la chirurgie et l’anatomie dans les écoles de Paris. Il va, la même année, commencer la rédaction de sa cyrurgia. Cet ouvrage comprend 4 tomes sur les 5 initialement prévus. Le premier livre traite de l’anatomie, le deuxième des plaies, le troisième des maladies qui ne sont ni des plaies, ni des  ulcères, ni des affections des os et pour le traitement desquelles ont a recours à la chirurgie, et le dernier traité, le cinquième, est l’antidotaire.

Dès 1312, il lit les deux premiers traités de sa chirurgie, gratuitement, devant un public d’étudiants et de personnalités. Jouissant d’une grande popularité, il vit de son art et il est même tellement occupé qu’il n’écrit plus une ligne pendant de nombreuses années.

En 1316, la maladie lui fait prendre conscience que le temps risque de lui manquer pour finir son œuvre. Il écrit le cinquième traité (l’antidotaire) sur l’insistance, « semble-t-il » de ses élèves. Il ne pourra terminer la totalité de sa chirurgie. Le quatrième traité sur les fractures et entorses ne sera jamais rédigé. C’est d’autant plus regrettable que la traumatologie représente la majeure partie de l’art chirurgical de cette époque. Certains y ont vue un désintérêt pour la pratique par rapport à la théorie. On pourrait y voir également le fait que la traumatologie, selon les techniques de l’époque, soit une discipline très bien maîtrisée. Henri de Mondeville pensait peut être que cette partie pouvait attendre car il n’avait pas grand chose de novateur à apporter.

Henri de Mondeville s’éteint vers 1320, sans doute emporté par la tuberculose.

Son ouvrage, vite oublié de tous et supplanté par la chirurgia magna de Guy de Chauliac, va rester enfermer dans les bibliothèques pratiquement jusqu’au 19ème siècle. Il n’existe pas beaucoup de traduction et de réédition du texte d’Henri de Mondeville. Celle de Nicaise en 1893 et celle de Bos en 1898 sont les plus connues.

De son vivant, Henri de Mondeville, n’aura de cesse de répéter que la médecine a besoin de la chirurgie et inversement, même s’il place la chirurgie au-dessus de la médecine.  Il va lutter contre les charlatans, les mauvais médecins et cherchera à affranchir la chirurgie de toute influence religieuse.

 

III ) Henri de Mondeville et les autres praticiens.

Henri de Mondeville est particulièrement fier de sa profession de chirurgien. En effet en introduction à son ouvrage il écrit :

« Moi Henri de Mondeville, chirurgien de très illustre seigneur le roi susdit, étudiant et demeurant en la cité de Paris…. »

Il clame ainsi, de façon solennelle, sa passion pour son métier. Il soutient que les chirurgiens sont plus précis que les médecins qui versent, selon lui, plus dans la philosophie. Par contre il n’est pas particulièrement tendre envers ceux qui exercent son art sans véritable qualification. Ils les traitent de charlatans, de sots voire de dangereux escrocs. Il fustige également certains médecins. Ceux qui, sans scrupule, une fois appelés au chevet d’un patient, vont tout faire pour l’empêcher de faire appel à un chirurgien, même si l’état du malade le nécessite. Leurs arguments sont divers mais se rejoignent tous sur un point : « les chirurgiens sont tous des ignorants et le peu de chose qu’ils disent connaître, ils nous le doivent à nous, médecins ». Ce genre de réflexion,  n’est pas, à l’évidence, du goût d’Henri de Mondeville, lui même diplômé de médecine et de chirurgie. Il juge ces médecins dangereux car ils ne reconnaissent jamais leurs erreurs et jouent avec la vie de leurs patients.

Au quatorzième siècle déjà, les médecins  ne touchent plus vraiment les patients et laissent volontiers aux barbiers le soin  de faire les saignées. Barthélemy l’Anglais (1190-1272), dans son encyclopédie écrite entre 1230 et 1240, décrit le médecin comme quelqu’un qui tâte le pouls et mire les urines et qui ne « refuse point à toucher et à torcher les playes et les membres secrets des malades », mais force est de constater que la réalité est bien différente.

Henri de Mondeville tente, en vain, de réconcilier la médecine et la chirurgie. Pour lui le chirurgien devrait avoir fait sa médecine et le médecin devrait, lui, examiner davantage son patient et faire des actes de petite chirurgie. Il ne lui apparaît pas infâmant de se servir de ses mains.

Il veut faire comprendre aux universitaires que la chirurgie exige un surcroît de savoir par rapport à la médecine. Cette vision « moderne » nous paraît aller de soit de nos jours mais à cette époque cela demande un certain courage. Il va même tenter de donner un lustre supplémentaire à cette profession de chirurgien en en faisant remonter le patronage au roi et jusqu’à Dieu lui-même :

«  Dieu lui-même fut chirurgien praticien lorsque du limon de la terre il forma le premier homme, et que de ses côtes il fit Eve. ».

En ce qui concerne le roi de France, il est lui-même chirurgien puisque avec ses mains il soigne les écrouelles*. Aucune autre profession ne possède un aussi fort parrainage.

Mais si Henri de Mondeville s’en prend aux médecins peu scrupuleux, il va aussi s’attaquer aux religieux qui « se mêlent » de chirurgie.

Il faut savoir qu’en 1130 le concile de Clermont interdit aux moines d’apprendre la médecine. Il y aura de nombreuses « redites » car les ecclésiastiques ne vont pas, facilement, abandonner leurs anciennes prérogatives. Pour ce qui est de la chirurgie la première interdiction date de 1163 au concile de Tours. Mais là encore de nombreuses dérogations et dispenses seront accordées.

Henri de Mondeville tourne sa colère vers les  moines, ermites et autres reclus qui n’ayant jamais étudié la médecine, jouissent, auprès du « vulgaire », d’une très grande réputation. En effet on considère qu’ils ont la science infuse de par la grâce du créateur, et quiconque n’y ajoute foi passe pour un hérétique.  La religion est omniprésente et ce jusque dans les noms des maladies :

–          le mal de Saint Clair qui recouvre toute maladie des yeux ;

–          le mal de Saint Bon qui est un panaris ;

–          le mal de Saint Loup est une espèce d’épilepsie.

Il est donc évident, dans l’esprit du peuple, que les religieux sont parfaitement aptes à soigner ces maladies puisqu’elles touchent au spirituel de par leur nom.

Henri de Mondeville n’est évidement pas d’accord avec cette vision. Le mal de saint Eloi est un bon exemple du combat de ce chirurgien. Le mal de saint Eloi est en fait une fistule. Les patients pensent que s’ils font un pèlerinage à saint Eloi ils se débarrasseront de cette fistule. Fort de cette vision religieuse de la maladie, si ce « traitement » ne fonctionne pas, c’est que le pèlerinage n’a pas été effectué avec toute la dévotion requise. Cette maladie serait apparue avec la béatification du saint, c’est du moins ce que pense «  le vulgaire ». Henri de Mondeville démontre, textes à l’appui, la fausseté de cette assertion, dans un style qui frise le blasphème : «  Le vulgaire prétend et croit qu’avant la béatification de saint Eloi cette maladie n’existait pas, ce qui est faux, ainsi qu’il ressort d’auteurs de médecine qui la désigne sous le nom de « fistule » et qui ont écrit avant la naissance de Saint Eloi. Si ce que le peuple dit était vrai, il eût mieux valu pour nous que ce saint n’eût jamais existé, plutôt que cette nouvelle maladie se déclarât à la suite de sa béatification. »

Henri de Mondeville n’est pas athée, c’est pratiquement impensable au moyen age, mais il ne peut se résoudre à laisser ses contemporains, penser que Dieu peut leur apporter la guérison là où les chirurgiens en sont encore incapables. Il est persuadé, et il rejoint en cela nos chercheurs actuels, qu’un jour la science apportera des réponses aux problèmes non encore résolus. Prier au lieu de recourir à l’art médical et chirurgical est inadmissible. Le chirurgien doit faire tout ce qu’il peut pour soigner son patient. Pour lui, l’avancée des soins passe par la mise à distance de la religion En effet, l’ingérence de l’église dans les soins donnés aux malades se manifeste de multiples façons. Ainsi depuis le concile de Latran (1215), l’église interdit aux médecins de pratiquer une deuxième visite chez un patient si ce dernier ne s’est pas confessé auparavant. A l’université de Montpellier, en 1240, les bacheliers en médecine doivent prêter serment qu’ils n’interviendront en cas de maladie grave, voire mortelle, que si le patient a d’abord appelé un prêtre à son chevet  En 1311,  lors du concile de Ravenne, l’Eglise  rappelle cette obligation et demande aux médecins d’exiger que les malades s’y conforment.

Certes le comportement de l’église agace de Mondeville, mais celui de certains de ses collègues, qui prétendent détenir de Dieu lui-même la vertu de guérir, dans le seul but de conserver leur clientèle, le choque encore plus. Il ne peut pas comprendre ce genre de compromission, pour lui on tient cette vertu de la seule science et on ne doit pas le nier :

«  Il arrive alors, que les fourbes ne voulant pas être ainsi chassés, nient qu’ils soient des chirurgiens de plaies, tirant leur science d’une doctrine et de ce qu’ils ont vu opérer d’autres chirurgiens. Ils prétendent qu’ils tiennent du Dieu glorieux, la science infuse par laquelle ils savent guérir les maladies qui viennent du sort et qui sont un don de Dieu et des Saints »

Il est évident qu’avec de telles prises de positions, le chirurgien de Philippe le bel n’eut pas que des amis en son temps. Pourtant son discours n’est en fait sévère qu’envers ceux qui s’octroient des savoirs qu’ils n’ont pas ou qu’ils font mine de ne pas avoir.

 

IV ) Théories et innovations du maître :

Ces quelques préceptes du maitre montrent bien la modernité de certaines de ses prises de positions.

Le traitement des plaies 

On ne peut pas écrire sur Henri de Mondeville en passant sous silence le traitement des plaies. Il le tient de son

Maître Théodoric de Bologne. Leurs méthodes s’opposent à celle de Gallien (131-200 après JC)

et de l’école de Salerne. Depuis Gallien la façon de traiter les plaies dépend du  pus bonum et laudabile (la

suppuration des plaies est recommandée car bonne et louable).

Gallien, l’un des plus célèbres médecins grecs après Hippocrate, la prescrit. Sur la base de la simple observation  que les plaies, laissées sans soins, suppurent avant de se refermer. Galien  prétend donc qu’une plaie pour guérir, passe nécessairement par une phase de suppuration.

Pour obtenir cette « suppuration louable » les médecins vont, pendant des siècles, enduire les plaies d’onguents, de crottin de cheval, mettre des « tentes* » dans l’ouverture des plaies, toutes choses pouvant induire le pus. Cette technique est dangereuse car elle introduit fatalement des germes dans l’organisme, et induit à plus ou moins long terme une gangrène qui peut se révéler létale pour le patient.

Henri de Mondeville et Jean Pitart vont tenter, en France, de mettre fin à ces pratiques. Il va leur falloir tout le poids de leur situation de chirurgiens du roi de France, pour pouvoir poursuivre leur nouvelle thérapeutique.

La technique préconisée d’Henri de Mondeville est la suivante :

1)  ne pas sonder ni  élargir les plaies ;

2)  enlever les corps étrangers et les petites esquilles d’os ;

3) et 4) réunir les lèvres de la plaie et suturer si besoin ;

5) nettoyer au vin chaud et dessécher avec des étoupes exprimées (le vin, hormis l’alcool qu’il contient, de part sa teneur en tanin est un excellent antiseptique) ;

6)  appliquer un emplâtre sur la plaie et le recouvrir avec des étoupes trempées dans le vin chaud et exprimées ;

7) faire le bandage dans les règles de l’art.

L’emplâtre est composé de plantain (plantago lanceolata), de bétoine (stachys officinalis), d’ache (apium graveolens) filtrés, de résine clarifiée, de cire nouvelle pure et de térébenthine. Cet emplâtre possède  des vertus thérapeutiques indéniables. En effet :

–     le plantain est cicatrisant, astringent, Il augmente la coagulabilité du sang, il a une action antibactérienne, anti-inflammatoire, antiallergique ;

–          la bétoine est vulnéraire*, désinfectante et fébrifuge* ;

–          l’ache est un fébrifuge majeur ;

–          la térébenthine est vulnéraire* et cicatrisante (attention à forte dose, elle est rubéfiante* et irritante).

Cette méthode est en fait un dérivé de celle de Théodoric et donne de bons résultats.

Le fait de ne pas sonder les plaies systématiquement et de ne pas les élargir comme le faisait les anciens permet une meilleure cicatrisation. De plus l’important, pour Henri de Mondeville est d’arrêter l’écoulement sanguin et pour cela il  utilise la compression avec les étoupes trempées de vin ou bien il suture. Les malades perdent moins de sang, ils sont moins affaiblis, la guérison est plus rapide. Enfin le régime alimentaire prescrit par « les modernes », viande et vin pur, est en complète contradiction avec celui de Gallien et « des Salernitains ». Le régime des « anciens » était à base de fruits, eau (tisane ou eau bouillie) et rien d’autre.

Cette attitude d’Henri de Mondeville, envers le traitement des plaies est résolument nouvelle. Nous sommes encore loin il est vrai du pansement antiseptique de Lister (1827-1912) bien que manifestement sur la bonne voie. Pourtant, une fois De Mondeville disparu, Guy de Chauliac et ses successeurs vont revenir à la suppuration louable dont la pratique va perdurer jusqu’au 19ème  siècle.

Les bandages 

Le chirurgien de Philippe le Bel précise que les bandages doivent être faits selon les règles de l’art, pour cela il en édicte neuf :

1)   il faut que les bandes soient propres, molles, légères et douces ;

2)   que les bandes n’aient ni coutures grosses et dures, ni pli, ni lisière ;

3)   si, du fait de la longueur de la bande, il faille avoir recours à des coutures, qu’elles se trouvent toujours du même côté de la bande et qu’elles ne soient pas en contact avec la partie lésée du membre ;

4)   les bandes doivent être proportionnées en longueur et en largeur au membre à bander ;

5)   le bandage doit recouvrir la plaie et les parties voisines ;

6)   le bandage doit être modérément serré, ni trop, ni trop peu. Une bande trop serrée provoque douleurs et  gangrène du membre, entraînant ainsi l’amputation. Une bande trop lâche n’a aucune utilité ;

7)   la bande doit être plus serrée sur la plaie que sur les parties voisines ;

8)   si, il y a malgré tout une suppuration de la plaie, on maintiendra plus fortement les parties voisines permettant ainsi au pus de s’évacuer par la plaie qui, elle, sera moins comprimée ;

9)   les plaies douloureuses ou présentant une inflammation ne doivent pas être autant serrées que celles qui ne posent  aucune complication ;

Certains de ces principes sont encore enseignés dans les écoles d’infirmière.

Les sutures 

Pour ce qui est des sutures, Henri de Mondeville, dans son ouvrage, énumère plusieurs règles à suivre pour bien suturer les plaies :

1)   les aiguilles utilisées doivent être triangulaires, aiguës, de bon acier et propres. Elles doivent être en rapport avec la plaie à suturer ;

2)   les fils doivent être proportionnels à l’aiguille et à la plaie ;

3)   les points doivent plus ou moins profonds suivant l’importance de la blessure ;

4)   la suture doit être moyennement serrée : trop lâche elle n’arrête pas le sang et n’unit pas suffisamment les berges de la plaie ; trop serrée, elle est douloureuse, et déchire la peau ;

5)   entre les points il doit, en général, y avoir un travers de doigt ;

6)   les points doivent toujours être en nombre impairs et repartis de façon égale sur l’ensemble de la cicatrice ;

7)   plus les plaies sont suturées tôt, mieux elles cicatrisent.

Dans ces quelques règles ont aperçoit bien le côté pratique de la cyrurgia et elles sont encore valables de nos jours. Les aiguilles triangulaires sont toujours, à l’heure actuelle, employées en chirurgie.

Qu’est qu’un bon chirurgien

Henri de Mondeville insiste sur le fait qu’un bon chirurgien est plus qu’un bon médecin, puisqu’il doit se servir de ses mains en plus de connaître les maladies.

Un chirurgien doit être physiquement apte à exercer le métier :

« Il doit avoir les membres bien formés, surtout les mains, les doigts longs et minces, agiles, et non tremblants. »

Le maître préconise, pour les interventions, une grande prudence et sagesse, ne pas entreprendre d’opérations périlleuses avant d’avoir bien songé à parer tous les problèmes éventuels qui pourraient en découler. Il suggère de prévenir le patient et son entourage des risques encourus :

«  Qu’il ne cache pas le cas et le danger, s’il y en a, aux parents et aux amis ».

La notion de responsabilité est importante chez lui. Dans un questionnaire qu’il a mis au point, il demande au patient s’il accepte l’avis des experts, s’il accepte de subir tous les moyens de l’art, comme les cautères et autres choses semblables s’il le fallait. Nous ne sommes pas encore à la signature d’un document, où le patient déclare avoir été informé des risques et les accepter, mais il y a déjà cette notion sous jacente dans ce type de questionnaire.

Henri de Mondeville sait qu’on doit pouvoir vivre honorablement du métier de chirurgien. Il parle de la question de salaire à plusieurs reprises au long de son ouvrage.

«  Les sutures des régions et de personnes nobles, et de la face et des princes, doivent être faites très subtilement et être soignées plus subtilement encore dans la suite, parce que ces parties du corps apparaissent tout d’abord aux regard, et qu’on recueille des nobles personnes plus grand honneur, plus grande renommée et plus grand salaire. »

Dans un autre chapitre il donne des conseils pratiques sur le prix des soins et des consultations. En effet les prix ne sont pas tarifés à cette époque et le chirurgien demande ce qu’il croit être juste de demander. C’est pourquoi Henri de Mondeville dit qu’il faut demander un salaire par rapport aux revenus des patients. Par exemple :

« Prendre au riche cent livres, en prendre cinquante à un homme de fortune moyenne, et à un pauvre une oie, un canard, une poule, des poulets, un fromage ou des œufs. Mais si le patient est vraiment pauvre, il ne prendra rien du tout, car il est plus lourd, pour le pauvre, de donner une oie que pour le riche de donner une vache. »

Il lui paraît juste d’agir de la sorte et  il prédit aux chirurgiens qui agiront de même que :

«   Point n’est besoin d’entrer en religion, de faire des pèlerinages, ni autres œuvre de la sorte, parce que, par votre science, vous pouvez sauver vos âmes, vivre sans pauvreté et mourir dans vos maisons… ».

 

V ) Conclusion

Henri de Mondeville, fut un chirurgien brillant, rebelle et novateur.  Sa cyrurgia reste un ouvrage très complet sur la chirurgie de son époque. Il aurait dû laisser son empreinte plus fermement sur son temps. Sont-ce ses prises de position contre le clergé, ses aversions envers les charlatans, barbiers et autres matrones ou bien sont-ce ses diatribes sur les mauvais médecins qui ont fait que son œuvre fut rapidement oubliée ?

Il est difficile de juger de l’impact que son pansement antiseptique et plus généralement ses idées innovantes auraient pu avoir sur le recul de la septicémie, gangrène et autres infections consécutives aux soins apportés aux malades. Pourtant on ne peut se défaire d’un sentiment de perte de temps due à l’inapplication de concepts et enseignements qui nous paraissent, dans notre contexte moderne, pleins de bons sens.

 

Bibliographie

« Corps et chirurgie à l’apogée du moyen âge »    M.C. POUCHELLE    Editeur Flammarion    1983

« La médecine médiévale dans le cadre parisien XIV et XVème siècle »    DANIELLE JACQUART    Editeur Fayart    1998

« Chirurgie de Maitre Henri de Mondeville »    traduction française par E. NICAISE    Editeur Felix Alcan    1893

« Chirurgie de Maitre Henri de Mondeville »    traduction Contemporaine de l’auteur par A. BOS    Editeur F. DIDOT    1898

 

Lexique

Ecrouelles : Adénite cervicale chronique d’origine tuberculeuse.

Tente : Petit morceau d’étoffe.

Fébrifuge : Qui combat et guérit la fièvre.

Vulnéraire : Qui guérit les blessures et les plaies.

Rubéfiante : Qui produit une congestion passagère et locale par application sur la peau.

 

Article écrit par Jocelyne Warnesson, paru dans « Moyen age » numéro 67 (2008), pages 6 – 11.