Scalpel et Matula | matériel Archives - Scalpel et Matula
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Lancette d’Ambroise Paré

13 Août 2017, Posté par scalpeletmatula.fr dans matériel

Au cours de l’animation que nous avions réalisé au musée de l’hôpital Notre Dame à la Rose à Lessines, à l’occasion de l’exposition « d’Ambroise Paré à Louis Pasteur », une pièce de reconstitution avait attiré notre attention. Il s’agissait d’un couteau d’amputation d’un modèle en « S » typique, à lame fixe, se rattachant à la tradition médiévale des couteaux d’amputation courbes (censés faciliter l’opération de section des chairs avant sciage de l’os).

Une recherche dans le facsimile des œuvres complètes du célèbre chirurgien nous a permis de découvrir l’application du même modèle, à une échelle plus réduite, pour la création d’une lancette (l’auteur parle de « Biftorie ») pliable (au contraire du couteau d’amputation), destiné à permettre l’opération de phlegmons situés dans l’arrière gorge du patient. Comme à son habitude, Paré décrit parfaitement le mode opératoire : ouverture de la bouche du patient avec un speculum oral, introduction de la lame dans la bouche et incision avec le bout de la lancette. La forme de l’instrument est effectivement bien adapté à passer au dessus du dos de la langue afin d’atteindre l’arrière gorge.

Original

Texte et dessin de l’ouvrage d’Ambroise Paré

Afin de reconstituer cet instrument, nous avons fait appel au savoir faire et aux connaissances historiques de deux « pointures » de l’artisanat de reconstitution historique : Alex Dubois (coutellerie nuage) pour la reconstitution du manche, et Gaël Fabre, forgeron qui avait déjà réalisé pour nous des copies de couteaux d’amputation, d’après des calques d’originaux appartenant aux collections du musée de la médecine de Paris.

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Alex et Gaël au Marché de l’histoire de Compiègne en 2017

Le problème de la reconstitution d’une pièce à partir d’un ouvrage ne précisant pas la dimension de l’objet, ou ne le représentant pas en utilisation, est le manque d’échelle. En l’absence d’élément de comparaison par exemple une partie du corps humain, la reconstitution se base sur l’utilisation envisagée et sur le principe de l’adaptation de l’outil à la main du praticien. A l’époque de fabrication de la lancette originale d’Ambroise Paré, il n’existe pas encore de production en série des instruments. Celle-ci ne prendra véritablement son essor qu’au 19ème siècle avec de grandes maisons comme Charrière (voir par exemple l’article de Jean-Philippe Bucas dans le numéro de septembre 2014 de Clystère). De fait la dimension de la lancette est calculée pour tenir confortablement dans la main de Dame Clotilde.

Pour le choix des matières, nous avons opté pour le manche pour de l’ivoire (de mammouth), matériau communément utilisé pour des instruments de chirurgie, et cohérent avec la finesse de gravure attendue. Alex Dubois s’est chargé de cette partie du projet, réalisant une première pièce avec un manche fabriqué en plusieurs plaquettes rivetées, puis une seconde pièce avec un manche plein. Cette deuxième solution nous a paru plus en adéquation avec l’utilisation de l’instrument et des exemples d’autres instruments apparentés visibles en collection. Pour la lame, Gaël Fabre a proposé un acier feuilleté, technique communément utilise à l’époque afin d’obtenir des lames résistantes et conservant un bon tranchant à l’usage.

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A gauche, prototype avec plaquettes assemblées, à droite version à manche plein

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Lancette finale. L’instrument est parfaitement adapté à la main du praticien pour lequel il a été conçu.

Un grand merci à Alex et Gaël pour leur implication dans ce projet qui a abouti à une magnifique reconstitution de la lancette d’Ambroise Paré. Il vient enrichir notre collection multi-époques d’instruments de médecine et chirurgie.

Trousse de chirurgie médiévale : le Pennarol

23 Juil 2015, Posté par scalpeletmatula.fr dans matériel
  • Le Pennarol, un grand incompris

Quelques recherches sur internet permettent de tomber parfois sur ce qu’il est convenu d’appeler des « perles ». Dans le domaine de l’histoire de la médecine, chirurgie et apothicairerie, elles sont particulièrement nombreuses et nous allons aujourd’hui traiter à ce sujet d’un objet que l’on commence aussi à rencontrer sur les rassemblements à thème médiéval, à savoir le « Pennarol ».

Cet objet se présente sous la forme d’un étui de forme caractéristique muni d’une sangle de portage. Contrairement à ce qu’on peut lire sur internet ou entendre raconter de la part de certaines troupes de reconstitution médiévales, le pennarol n’est pas une simple « boite » (- « c’est joli ça, c’est quoi ? » – « un pennarol. » – «  Ah et ça sert à quoi ? » – « c’est une boite. » – « Pour quoi faire ? » – «  C’est une boite… »… c’est réellement du vécu !). C’est encore moins une « trousse de secours » (ça, c’est sur le net).

  • Bon mais finalement ça sert à quoi ?

Il n’est pourtant pas difficile de trouver une description de cet objet et de ce à quoi il sert dans les sources, même si on n’est pas un grand lecteur de Pline, Vitruve et Dioscoride dans le texte ! Les traductions de traités latins médiévaux sont disponibles et cet objet est décrit, entre autres par Guy de Chauliac dans plusieurs éditions de sa chirurgie : « la grande chirurgie de Guy de Chauliac maitre en médecine de l’université de Montpellier composée en l’an 1363 » traduction par E.Nicaise, Edition Alcan Paris 1890 page 9 ; « Grande chirurgie de M. Guy de Chauliac, 1579 Ed. A Lyon, Vfr ; ou encore édition de Cambridge 1598, Vfr pour ne citer que ces versions.

Pour faire court, le pennarol est un étui contenant 5 à 6 instruments tranchants ou de première utilité : Lancette, Ciseau, Sonde, Aiguille, Pinces et Rasoir. C’est le minimum vital dont a besoin un praticien pour exécuter des interventions sanglantes en première intention. L’étui de bois permet de transporter ce nécessaire sans risque pour le propriétaire tout en assurant que les tranchants ne seront pas émoussés par un frottement des instruments les uns sur les autres.

Une représentation de pennarol figure  notamment dans l’ouvrage de Brunschwig (Das Buch der Cirurgia – 1497) et repris par Nicaise.

Pennarole_Brunschwig

Il ressemble aux étuis de vénerie tels que l’on peut en voir au musée de Cluny à Paris. La taille est quelque peu différente, le pennarol du chirurgien étant légèrement plus grand. On peut en voir un exemplaire au musée de l’Hôpital du Val de Grâce à Paris. Celui-ci est recouvert de plaque d’os et les passants et décorations sont en ivoire. Il est aux armes de la maison de Saxe et mesure environ une petite trentaine de cm de long sur 12 cm environ de large.

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Voici une reconstitution réalisé pour Dame Clotilde en 2005 d’après le texte de Chauliac par Christophe Névoso (de l’œil du compas). Il est en bois et possède approximativement des mêmes dimensions que celui du musée du val de grâce.

pennarol ouvert_2 pennarole_sm_1

  • Les sources tu consulteras et du web te méfieras

Les amateurs « éclairés », qui ne connaissent le pennarol que de par quelques photos ou gravures trouvées sur le net, semblent avoir simplement  négligé la première exigence en matière de recherche historique : la consultation des sources ! Et précisons que celle-ci ne se résume pas à faire du copier photo du net – recadrer – coller avec un copyright ou le nom du recadreur comme vu sur certains forums, ni à écouter tel ou tel qui s’intitule expert en la matière mais ne cite aucune source. Il est bon de lire les livres des auteurs de l’époque, croiser les sources, visiter les musées… Cela évite aussi les tendances à l’exagération dimensionnelle. Il est arrivé de croiser sur des fêtes médiévales des « pennarols » énormes (peut être pour la chirurgie vétérinaire spécialisée en matière d’éléphant) qu’en tous cas aucun praticien médiéval n’aurait voulu ni pu glisser à la ceinture. Le pennarol ne semble d’ailleurs pas être la seule pièce d’équipement concernée par ce syndrome de sur dimensionnement… Entre les cautères « à diplodocus » et les scies d’amputation « pour mammouths », il y a de quoi faire.

Attention donc au matériel présenté au public comme « copie » d’instruments d’époque – surtout s’il n’a pas été réalisé d’après photo, ou mieux, d’après un calque d’une pièce originale – et au discours qui va avec. Ne perdons pas de vue que le matériel était fait pour être utilisé ; un peu de recherche à ce sujet peut déjà permettre d’éviter un certain nombre d’aberrations.