Scalpel et Matula | 2020 juillet
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juillet 2020

 

Enregistrement pour le magazine de la santé.

30 Juil 2020, Posté par scalpeletmatula.fr dans tournage

Ce 13 juillet 2020, nous avions rendez vous au sein du musée du Service de santé des armées au Val de Grace à Paris pour traiter de l’histoire de l’appendice et du traitement de l’appendicite. Nous avons été accueillis par l’équipe du musée qui allie gentillesse et professionnalisme. Super ambiance pour le tournage : décontracté, sympathique, efficace – le top ! L’enregistrement s’est fait dans le cloître de l’abbaye du Val de Grâce.

Raccord dans la salle des collections des docteurs Debat

Le sujet abordé est donc l’histoire de l’appendice et de l’appendicite. C’est une histoire somme toute, pas très ancienne. En effet si la première intervention de type appendicectomie remonte au 18ème siècle, avec Claudius Amyand (1681 – 1740), il faudra patienter encore un siècle avant que l’appendicite fasse réellement son apparition. Le traitement opératoire de l’inflammation de l’appendice remonte principalement au 19ème siècle et tourne autour de grands noms de la médecine et de la chirurgie tels Guillaume Dupuytren (1777 – 1835), François Melier (1798 – 1866), Reginald Fitz (1843 – 1913) ou encore Charles Mac Burney (1840 – 1913).

Reginald Heber Fitz. Il décrit en 1886 l’inflammation de l’appendice et forge le terme appendicite.

Cette intervention devient extrêmement courante au milieu du 20ème siècle (voire trop !). L’opération de l’appendicite est depuis entrée dans l’ère de la chirurgie mini invasive avec la coelioscopie, technique ayant un rendu apparent non seulement plus esthétique mais impliquant des suites opératoires moins longues raccourcissant d’autant la durée de l’hospitalisation.

Cette intervention reste tout de même au cœur de bien des polémiques. En 2012 certains praticiens tentent de faire valider un traitement médical et publient un certain nombre d’études. Aboutiront-elles ? Ce n’est pas sûr car il s’avère que le diagnostic n’est pas toujours chose aisée et la maladie reste encore dangereuse chez les enfants ou les sujets immunodéprimés.

Rendez vous en septembre prochain pour la diffusion.

Quelques idées reçues sur la peste au Moyen Age

08 Juil 2020, Posté par scalpeletmatula.fr dans actualité

Le recensement récent de cas de peste en Chine et en Mongolie évoque les sombres heures de la pandémie qui, atteignant l’Europe courant 1347 a causé la disparition d’entre le tiers et la moitié de sa population en l’espace de 5 ans. Quand on constate l’effet psychologique et la panique provoquée par le Covid 19, qui ne présente pourtant qu’une létalité (proportion des décès par rapport aux malades) de 0,53%, on imagine aisément que la peste noire, qui elle avait un taux de létalité s’étalant de 40-80% (forme bubonique) à 100% (forme pulmonaire), a pu durablement marquer les esprits et provoquer des changements sociétaux majeurs.

Nous avons évoqué ces différents aspects dans un article à paraître prochainement dans la revue Moyen Age. La composition de cet article nous a amené à revisiter certains lieux communs ou « légendes urbaines » sur cette peste noire que nous reprenons ici.

Le costume de la peste

Commençons par les soignants et surtout par l’emblématique costume des médecins de la peste. Nous avons tous en mémoire le célèbre costume noir, couvrant toutes les parties du corps du praticien à l’exception du visage, protégé, lui, par un masque blanc garni d’un long bec et de lunettes. L’ensemble donne à la silhouette du médecin une inquiétant forme mi-corbeau mi-humaine et l’ensemble est volontiers décrit comme le costume porté par les praticiens luttant contre la peste à la fin du Moyen Age.

Costume de la peste représenté en 1656

La réalité est toute autre. Si ce costume a bien été utilisé pour protéger les médecins prodiguant des soins aux malades atteints de la peste, il ne s’agit pas d’épisodes médiévaux mais bien d’événements plus tardifs. C’est en réalité l’invention de Charles Delorme (1584 – 1678), médecin de Louis XIII, et ce costume fut mis au point lors de l’épisode de peste touchant Paris en 1619. Il a pour principal objet d’isoler le mieux possible le praticien de l’air ambiant. Rappelons en effet qu’une théorie majeure à l’époque est que l’épidémie naît de l’air malsain. Ceci explique l’utilisation de « maroquin » (un cuir de chèvre offrant une quasi imperméabilité à l’air), de bottes, de gants, d’un masque et de substances odoriférantes et aromatiques : ail, rue fétide, encens… L’idée est de purifier l’air respiré par le médecin par l’emploi de ces diverses substances. Ceci découle directement de théories antiques, en particulier celle du miasme exposée par Vitruve (v.90-v.15 av. J.C.) dans son traité d’architecture et étendues durant le Moyen Age. Ainsi partant du principe que le malsain sent mauvais (Vitruve donne l’exemple des marais), l’idée s’est petit à petit imposée que la bonne odeur est la marque d’un air sain. Par extrapolation, charger l’air de substances odoriférantes revient à le purifier, d’où l’idée de ce masque en long bec d’oiseau, destiné à contenir plantes odoriférantes ou éponges imbibées d’extraits aromatiques.

Les moyens de protection

Puisque nous en sommes aux odeurs, passons à une autre préparation souvent citée comme une invention médiévale : le vinaigre des quatre voleurs. Ce dernier est attaché à une légende suivant laquelle au cours d’une épidémie de peste, quatre détrousseurs de cadavres se seraient protégés de la maladie à l’aide d’une préparation à base de vinaigre, d’ail et de plusieurs plantes aromatiques. Arrêtés par les autorités, ils auraient échangé le secret de leur décoction contre la clémence du juge. A l’instar du costume des médecins de la peste, le principe est encore une fois de purifier l’air ambiant. Si ledit principe est bien connu et appliqué au Moyen Age, la réalisation sous forme de ce vinaigre est bien plus tardive puisque ce dernier apparaît n’avoir été inventé que lors d’un épisode de peste touchant Toulouse en 1628.

Pour terminer ce rapide tour des idées reçues dans le domaine, on peut à présent s’intéresser à la pharmacopée et aux plantes composant des remèdes et protections contre la peste. Nous avons déjà évoqué les plantes aromatiques classiques (romarin, rue, ail…) mais c’est à une autre plante, également aromatique, que nous allons à présent nous intéresser, nommément l’angélique.

Quelques apiacées tirées du Tractatus de Herbis (Italie, vers 1440 – actuellement au British Museum)

Cette belle ombellifère (famille des apiacées) est connue depuis l’Antiquité et on lui attribue dans les herbiers et recueils de pharmacopée médiévaux des vertus diverses, notamment dans le domaine de la régulation des fonctions digestives, de l’expulsion des mauvaises humeurs du corps (expectoration, sudation, mais aussi gaz et « mauvais airs ») voire de protection contre le poison. Quoi d’étonnant de la part d’une plante dont le nom dérive traditionnellement des archanges (son nom scientifique actuel établi au XVIIIème siècle, Angelica archangelica L. le reflète bien) en particulier Raphaël, le guérisseur, dont la tradition veut qu’il ait révélé aux hommes les vertus curatives de cette plante ? C’est pourtant bien après la fin du Moyen Age que l’angélique sera associée à la protection contre la peste ; elle sera en effet utilisée à cette fin en 1603 à Niort pour lutter contre un épisode épidémique qui sévit alors dans la région des marais poitevins. Peut être les éloges de Paracelse (1493-1541) pour cette plante qu’il qualifiait de « médicament merveilleux » ont-elles participé à ce choix. En tous cas, loin de son utilisation curative, elle est à présent plutôt associée à la cuisine sous sa forme confite !