Scalpel et Matula | WW1
79
archive,tag,tag-ww1-2,tag-79,ajax_updown_fade,page_not_loaded,

WW1 Tag

 

De retour de Normannia 2018

01 Mar 2018, Posté par scalpeletmatula.fr dans évènements

Comme annoncé dans notre précédent post Scalpel et Matula a participé au salon Normannia, au Parc des expositions de Rouen, le week end des 24 et 25 février.

  • Le salon Normannia

Un événement très réussi avec plus de 250 exposants venus de toute la France et même d’au delà des frontières. Le public a été au rendez-vous : cette seconde édition de Normannia a vu la fréquentation du salon doubler par rapport à l’année dernière qui avait déjà attiré 5000 visiteurs. Le salon était également suivi par la radio RC2 94.4 qui a été présente pendant tout le week end. Ajoutons que Luc Arbogast a donné un concert samedi soir.

Beaucoup de monde donc pendant ces deux jours durant lesquels les allées du salon n’ont pas désemplies. Les grandes halles du parc des expositions abritaient (au chaud, malgré le vent glacial à l’extérieur) bien des surprises, avec un mixte d’artisans et d’exposants, sans oublier des points restauration variés.

  • L’animation 14-18

Le stand Scalpel et Matula présentait, centenaire 14-18 oblige, une animation sur le service de santé de l’armée durant la grande guerre. Le stand était organisé en une table d’instrumentation d’un coté, où Marie Louise, infirmière diplômée, évoquait les interventions sur les poilus blessés, et un espace dédié à la vie dans les tranchées et au travail des infirmiers au front présenté par Joseph Casimir, du 29ème Régiment d’Infanterie Territoriale.

Normannia2018_02

Normannia2018_04

Bien que le salon ait été intitulé médiéval et fantastique, le stand a suscité beaucoup d’intérêt et… n’a pas désempli. Les visiteurs se sont intéressés aux multiples aspects des traumatismes et des soins prodigués durant 14-18. Aseptie et traitement des plaies, progrès dans la prise en charge des mutilés – notamment des gueules cassées -, gestion du circuit d’évacuation, reconnaissance et traitement des blessés psychiques, prise en charge des victimes des gaz, mise en place de structures sanitaires de l’avant – ambulances, autochirs -… beaucoup de sujets sur lesquels nous avons pu échanger. Des moments privilégiés également lorsque des visiteurs ont rapporté les témoignages et souvenirs de leurs aïeux ayant pris part à ce conflit.

Normannia2018_01

  • Partant pour l’édition 2019 !

Au final deux jours très intéressants qui donnent envie de revenir l’année prochaine.

Un grand grand merci à l’équipe d’organisation du salon, aux bénévoles et aux services techniques du parc qui ont soutenu très efficacement les exposants avec beaucoup de compétence et de gentillesse.

Rendez-vous en 2019.

Normannia2018_03

La grande guerre : les blessés psychiques

12 Nov 2015, Posté par scalpeletmatula.fr dans évènements

Le 11 novembre 1918 à 11h00, le cessez le feu est ordonné sur tout le front, mettant un terme à la première guerre moderne à l’échelle mondiale. Pendant un peu plus de 4 ans, les soldats engagés sur tous les fronts – mais aussi certains civils – ont vécu l’enfer d’une guerre industrielle utilisant massivement une artillerie variée – tant du point de vue des pièces utilisées que des munitions -, des mitrailleuses en grand nombre, des nouvelles armes terrifiantes tels que les gaz, les lances flammes ou les chars d’assaut.

Des blessés psychiques laissés pour compte

Au cours du conflit qui se termine, la France à elle seule a mobilisé 7,8 millions de combattants dont presque 20% (1,39 millions – soit pratiquement 1 soldat sur 5) ont perdu la vie. Toujours pour la France, on dénombre 3 millions de blessés et 740 000 mutilés physiques dont 100 000 sont de grands invalides (taux d’invalidité de plus de 85%)… Le nombre des « blessés psychiques » (le vocable n’apparait dans les textes officiels français qu’en 1992 !) reste quant à lui indéterminé. Les pathologies associées ont totalement pris par surprise le corps médical et le soupçon de simulation (simulateurs conscients, simulateurs inconscients, exagérateurs, persévérateurs…) a pesé lourd sur la prise en charge de ces blessé durant le conflit. Mal pris en compte au début de la guerre, jugés difficiles à diagnostiquer et considérés par défaut comme des pathologies simulées, les soldats souffrant de blessures psychiques ne sont pas officiellement dénombrés. Le même esprit guide le législateur à l’issue du conflit. Le nouveau code de pension mis en place en mars 1919 demeure dans la lignée de préconisations « dures » émises dès 1916 par la Société Neurologique de Paris, sous l’influence de grands spécialistes de la neurologie tels que Joseph Babinski : pas de pensionnement pour les blessés psychiques en dehors des internés en asile d’aliénés (et encore, sans la gratuité des soins). Les soldats traumatisés sont donc rendus au monde civil où ils vivent une existence misérable (on utilise communément à cette époque le terme de « morts vivants » pour les désigner) soit à l’asile, soit dans les centres de rééducation des blessés neurologiques, soit encore dans des familles pour lesquelles ils constituent une charge financière et nullement un motif de gloire.

Des pathologies déroutantes

Dès le début du conflit, la violence des combats a fait apparaître des pathologies inhabituelles chez certains combattants. Initialement non détectées comme des atteintes psychiques réelles, bon nombre des soldats qui en sont affligés passent directement devant le conseil de guerre et sont fusillés, en général pour « abandon de poste devant l’ennemi ». Ces procès rapides sont autant le fait d’une méconnaissance des pathologies nouvelles que celui de l’organisation de la justice militaire, qui, dès septembre 1914 permet la tenue de conseils de guerre spéciaux pouvant statuer rapidement sur le cas des soldats, sans droit d’appel et sans grâce possible. Bon nombre de ces blessés psychiques fusillés de la première heure feront l’objet, parfois avant même la fin de la guerre, de procédures en réhabilitation. Les modifications dans l’organisation de la justice militaire introduiront petit à petit, à partir de 1915, le recours à une expertise médicale afin d’apporter un avis sur l’état psychique des soldats susceptibles de passer en jugement.

C’est que le corps médical a identifié des symptômes divers semblant relever d’atteintes psychiques mais sans atteinte physique apparente, ce qui les rend d’autant plus suspects aux yeux des praticiens et des militaires. Les symptômes sont nombreux : désorientation, aphasie, contractures, tics, marche sautillante, camptocormie (impossibilité de se redresser, le malade étant en permanence à l’état de veille plié en deux vers l’avant – cette pathologie assez fréquente est typique des psychonévroses de la Grande Guerre), etc… Le problème touche tous les belligérants : à l’obusite française correspondent par exemple le shell shock anglais et le granat neurose allemand. La diversité des cas déroute les spécialistes qui tentent dans un premier temps de trouver des explications à la survenue de ces symptômes. Plusieurs écoles s’affrontent et les hypothèses fusent : commotion par dommages internes subits par les victimes non visibles mais ayant un effet sur le psychisme des victimes ; prédispositions héréditaires (tares) révélées par la vie quotidienne sur le champ de bataille, éventuellement aggravées d’alcoolisme ; émotion-choc devant un spectacle insoutenable ; auto-suggestion proche de l’hystérie (théorie du pithiatisme). Reste que quelle que soit la théorie explicative, la suspicion de simulation est omni-présente vis à vis des soldats victimes de ces troubles.

Des traitements tâtonnants

Du fait de cette suspicion d’une part de responsabilité consciente ou inconsciente de la victime, le traitement des blessés psychiques hésite entre soins et répression. Le pithiatisme semblant une explication sinon la meilleure, du moins la moins mauvaise, les traitements des malades s’inspirent dans de nombreux cas de méthodes utilisées dans le cas de l’hystérie. Les malades sont en général isolés car on craint une « contagion » à d’autres soldats. Le traitement par l’électricité en particulier est testé par le médecin major Clovis Vincent au centre neurologique de Tours à partir de 1915. La technique de « psychothérapie électrique persuasive » utilisée par C. Vincent est extrèmement violente pour le patient. Utilisant des chocs électriques en courant continu d’ampérage assez élevé, il est décrit comme très douloureux, ce que son inventeur ne nie pas puisqu’il pense que la douleur a une composante rédemptrice pour des malades qui peuvent ainsi expier consciemment ou inconsciemment ce que le docteur considère comme leur « couardise ». Le procédé reçoit rapidement le surnom de « torpillage » de la part des soldats qui y sont soumis, en comparaison avec la violence des explosions des projectiles d’artillerie de tranchée (torpilles). Ce procédé gagne les faveurs de l’armée, dans la mesure où il permet de « guérir » rapidement, avec un taux de réussite important, les malades, et donc de les renvoyer dans leurs unités respectives sans délai. Suite à un incident survenu avec un malade récalcitrant, un zouave nommé Deschamps, qui voit la séance de torpillage se muer en match de boxe entre malade et soignant, le procédé est dénoncé dans la presse du pays et décrié publiquement comme une torture inutile infligée à de braves soldats. Le centre de Tours ferme fin 1916 mais le procédé est repris à partir de début 1917 sous une forme beaucoup moins douloureuse au centre de Salins les Bains par le docteur Gustave Roussy.

Reste que les centres de soin ne permettront pas, au final, de guérir tous les psychonévrosés de guerre. Pour beaucoup d’entre eux, la Grande Guerre se poursuivra bien au delà du 11 novembre 1918.

Pour approfondir

Quelques livres et un film pour approfondir/illustrer le sujet des psychonévroses de la Grande Guerre.

La folie au front de L. Tatu et J. Bogousslavsky (Imago)

Neuro_1

Les soldats de la honte de J.Y. Le Naour (Perrin)

Neuro_2

Les blessés psychiques de la grande guerre de L. Crocq (Odile Jacob)

Neuro_3

Les fragments d’Antonin de G. Le Bomin

Neuro_4

L’exposition une armée qui soigne restera en place jusque mi-janvier 2016 au musée du Val de Grace. Cette exposition que nous avons déjà mentionnée couvre divers aspects du service de santé 14-18 et présente des pièces assez exceptionnelles en complément de l’exposition permanente du musée. Ci-dessous, quelques clichés des pièces exposées.

A tout seigneur tout honneur : la plaque commémorative de la citation à l’ordre de l’armée attribuée à l’école du Val de Grace pour son action durant la Grande Guerre.

unearmeequisoigne_00

L’exposition présente d’abord les uniformes et l’équipement des personnels de santé. La signalétique sur le champ de bataille : le personnel de santé (médecin, infirmier, pharmacien…) porte le brassard de neutralité blanc à croix rouge. Ici un exemplaire de médecin attribué avant le conflit (liseret doré) et son tampon de réception sur la face interne.

unearmeequisoigne_02Unearmeequisoigne_01

 

A partir de 1915, le personnel de santé reçoit en dotation le casque Adrian avec le caducée, la branche de laurier et la branche de chêne.

unearmeequisoigne_03

Le casque Adrian vient en remplacement de la cervelière distribuée comme une solution de protection provisoire contre les projections sur le champ de bataille. Cervelière et casque permettent d’éviter nombre de blessures au crane, mais ni l’une ni l’autre ne confèrent une protection contre les tirs directs ou les explosions trop proches.

unearmeequisoigne_04

Infirmière, médecin et infirmier régimentaire auprès d’un blessé. Médecin et infirmier présentent l’uniforme bleu horizon. Le blessé (également un infirmier d’après les boutons de sa capote 1877) présente l’uniforme d’entrée en guerre avec un pantalon garance. Au fond, le brancard à compas Franck (du nom de son inventeur) modèle 1892.

unearmeequisoigne_07

 unearmeequisoigne_08

 L’exposition présente beaucoup de matériel utilisé quotidiennement par le personnel du service de santé à l’instar de cette malle à pansement accompagnée d’un sac d’infirmier et de sangles de portage pour les brancards.

 unearmeequisoigne_06

Encore du matériel : une trousse d’infirmier, le pansement individuel, distribué à chaque soldat et une version avec teinture d’iode.

unearmeequisoigne_05

unearmeequisoigne_065

unearmeequisoigne_066

L’exposition aborde largement le thème des différents traumatismes subis par les soldats au front avec les problématiques nouvelles des gueules cassées et des chocs traumatiques.

unearmeequisoigne_09

unearmeequisoigne_10

Le problème du triage et de l’évacuation des blessés est naturellement développé, avec notamment les documents de suivi des blessés et les infrastructures développées pour rapprocher l’hopital du front, comme cette barraque système Adrian.

unearmeequisoigne_11

unearmeequisoigne_12

Une exposition très riche donc, à voir, grâce à la prolongation, jusqu’au 17 janvier 2016.